Compte-rendu sur les XXX-èmes Olympiades de physique à Padoue
18 au 27 juillet 1999.

La Manifestation

Cette année, la Suisse a participé pour la cinquième fois aux Olympiades internationales de physique, avec une équipe de cinq élèves.
Cette compétition a lieu chaque année dans une autre ville universitaire. Chaque pays peut envoyer au plus cinq candidats ayant moins de vingt ans et ne fréquentant pas encore une haute école.
A Padoue, 296 élèves (dont 10 femmes) provenant de 62 pays ont participé aux épreuves. Chaque pays délègue également deux accompagnateurs (souvent des enseignants du secondaire supérieur) qui ont pour mission de traduire les problèmes (de l'anglais) pour les élèves, de corriger les épreuves et de compter les points obtenus en respectant le barème officiel.
Ces corrections sont ensuite discutées avec l'équipe des correcteurs officiels (des professeurs provenant des différentes universités italiennes ou envoyés par la société italienne des maîtres de physique).
Il n'y a pas de classement par pays ; ce sont les scores individuels qui comptent.
Tous les problèmes et leur cotation sont discutés auparavant, puis approuvés par le "Comité International" composé des organisateurs et des accompagnateurs.

Les Épreuves

Elles se composent d'une partie théorique et d'une partie pratique, d'une durée de cinq heures chacune. La partie expérimentale tournait cette fois autour d'un pendule de torsion sur lequel agissait, en plus du moment de rappel, le moment de la force de pesanteur. D'où un comportement hautement non-linéaire (sous certaines conditions) et l'apparition du phénomène de "bifurcation". Les mesures à effectuer étaient plutôt délicates (et rendues pénibles par la température élevée régnant dans la salle) et demandaient beaucoup de doigté, d'autant plus qu'une prise en compte approfondie des incertitudes était exigée.

La partie théorique comportait comme d'habitude trois problèmes : un problème de thermodynamque où du rayonnement était absorbé par un gaz, le champ magnétique créé par un fil en forme de V (basé sur la discussion historique des résultats obtenus par Biot-Savart et par Ampère) et des calculs sur l'optimisation d'un tremplin gravitationnel lors du passage d'une sonde près d'une planète (problème d'actualité inspiré par le passage de la sonde Cassini près de la Terre en août). Les problèmes étaient exigeants au point de vue physique et demandaient de bonnes connaissances de toute la matière enseignée au secondaire supérieur (plus quelques chapitres supplémentaires) et surtout une bonne routine et une grande endurance.

Le nombre maximal de points est de 50 (20 pour la partie expérimentale et 3 fois 10 pour la théorie). Les médailles sont discernées selon le schéma suivant : à plus de 90 % du meilleur (en fait la moyenne des trois meilleurs), une médaille d'or ; à plus de 78 %, une médaille d'argent ; à plus de 65 %, une médaille de bronze et à plus de 50 % une mention honorifique.

Les candidats suisses

Ont participé cette année:
  • David Brunner (Jona)
  • Samuele Chiesa (Castel San Pietro)
  • Gilles Duvoisin (Savigny)
  • Patrick Lehner (Lausen) et
  • Andreas Vogelsanger (Beggingen).

 

Samuele Chiesa a décroché une médaille de bronze et les quatre autres une mention !

Ce ne sont pas les meilleurs résultats obtenus par les Suisses jusqu'à présent, mais il faut mentionner que les candidats suisses, contrairement à la plupart des autres pays, ne sont guère encadrés officiellement. Ainsi, nos élèves ont juste eu l'occasion de s'exercer expérimentalement pendant une demi-journée à la Neue Kantonsschule Aarau avec les expériences des années précédentes. Quant à la préparation théorique, c'était aux élèves de se débrouiller tout seul, ou avec l'aide de leur professeur. En Indonésie par contre (par exemple), les candidats sont entraînés pendant trois mois à Djakarta.

Les inscriptions en Suisse sont individuelles. Nous n'avons donc eu que 45 candidats pour toute la Suisse, alors qu'en Italie, ce sont plus de trente mille élèves qui participent à la première sélection.

Vu sous cet angle, on comprend pourquoi notre système de formation mène à des résultats moyens, mais pas de pointe. Sûrement qu'avec un entraînement plus pointu et un peu plus de moyens, une mention pourrait se transformer en une médaille de bronze, voire une médaille d'argent. En effet, lors de la correction nous avons constaté que c'étaient moins les connaissances au niveau physique qui manquaient qu'une certaine routine et certaines techniques.

Il est également regrettable de constater que des performances intellectuelles de pointe sont guère mises en valeur en Suisse, puisque le congé militaire de Samuel Chiesa (médaille de bronze) incluait tout juste les épreuves, mais pas la cérémonie finale. Les sportifs de pointe sont-ils traités de la même manière ?

Mentionnons encore la première participation du Lichtenstein, avec deux candidats (et une médaille de bronze par Fabian Hassler). Le Lichtenstein participe aux sélections suisses et Fritz Epple (professeur de physique à Vaduz) participe lors de la préparation des problèmes de sélection.

Rencontres

Bien entendu, nos candidats n'ont pas fait que de la physique pendant ces neufs jours. Les organisateurs ont concocté pour eux et pour les accompagnateurs diverses excursions (Cortina d'Ampezzo), visites de ville et d'instituts (Istituto Nazionale di Fisica Nucleare à Legnaro) et de concerts Rock, Jazz ou classiques. Le soir, les terrasses de Padoue invitaient à la causerie autour d'un petit verre (mais pas tous les jours…). Malgré la chaleur et les touristes, beaucoup de participants ont fait le saut jusqu'à Venise (30 km). Une semaine bien chargée et pas de tout repos, mais oh combien intéressante.

Les XXXI-émes Olympiades de Physique auront lieu en juillet 2000, à Leicester, en Grande-Bretagne. Nous espérons pouvoir à nouveau aligner une bonne équipe. Et si à l'avenir on pouvait intéresser davantage les filles…

P. Kaufmann, Neue Kantonsschule Aarau, Abt. Physik (trad. L. Schellenberg)

Legende des images:

1. Swiss Team après l'ouverture (de gauche à droite): Samuele Chiesa, David Brunner, Patrick Lehner, Andreas Vogelsanger, Gilles Duvoisin, Elisa Carollo ("guide" local du Swiss Team)

2. Swiss Team avec les prix après la cérémonie finale. Arrière-plan, de gauche à droite: Andreas Vogelsanger, Gilles Duvoisin, Patrick Lehner, David Brunner. Devant: Les deux "guides" Elisa Carollo und Sandra Foletti avec médaille de bronze et diplôme de Samuele Chiesa qui était déjà de retour à l'école de recrue.